La lettre de Camp-Perrin N°2

Sommaire     

Les Ateliers-Ecoles de Camp-Perrin sauvent la centrale hydroélectrique de Péligre

Des moulins à cannes en série…

Révolution politique, inondations :  Haïti dans la tourmente


Déversement

Coulée
1. Les Ateliers-Ecoles de Camp-Perrin sauvent la centrale hydroélectrique de Péligre

      Cette centrale est la plus grande du pays utilisant l’eau pour la fabrication de courant. Elle approvisionne une partie importante de l’énergie de Port-au-Prince. Théoriquement 3x 18 Mégawatt. Malheureusement, E.d’H ( Electricité d’Haïti ) , par manque dramatique de moyens ou mauvaise gestion ( nous n’entrerons pas dans ce débat ) a laissé les turbines tomber dans un état de délabrement total. Ainsi, les AECP a la demande d’E.d’H. fabriquent actuellement une série de pièces vitales pour le redémarrage de cette centrale.

 
   brut de fonderie   
Un levier brut de fonderie
     C’est une réparation minimale, mais au moins, les turbines vont pouvoir injecter à nouveau du courant vers la capitale, en attendant une rénovation totale du site. Ce qui sera un gros investissement, mais le nouveau gouvernement a fixé dans ses priorités la réhabilitation du réseau national d’électricité. Il faut en effet imaginer que ces dernières semaines, les habitants de Port-au-Prince subissent un black out de quasiment 24h par jour !  
   leviers de turbines   
Une première série de dix. Levier de directrices et bielles prêtes pour le voyage a Port-au-Prince


2. Des moulins à canne en série…
      L’industrie de la transformation de la canne à sucre (sucre, rhum..) en Haïti est très souvent encore équipé de matériel archaïque, parfois même datant de la colonisation française. Il y a pourtant un important potentiel d’augmentation des revenus pour les paysans. Pour l’extraction du jus de canne, la qualité du moulin influence de beaucoup le rendement. L'état du moulin peut faire varier le taux d'extraction du simple au triple.
   Moulin a canne  
     C’est pourquoi les AECP en partenariat avec CODEART en Belgique ont développé un nouveau moulin, spécialement adapté pour les petites exploitations. Depuis un mois maintenant, sa fabrication en série est lancée. Entièrement fabriqué aux ateliers, de la coulée des pièces en fonte, de la réalisation et l’usinage complet des pièces, au montage final.

    Le modèle présenté ici est a traction motorisé. Une version a traction animal est en cours d'élaboration

  Tournage des rolls  


Des rolls et des rolls
Base
Bâti du Moulin

Bâti du Moulin

Train d'engrenage


On en est fier...

des moulins


Deux moulins


3. Révolution politique, inondations : Haïti dans la tourmente.

    Que d’événements en Haïti dans cette première moitié d’année !
    C’est au début de décembre 2003 que les premières manifestation anti-gouvernementales ont commencées. Organisées alternativement par des étudiants et le « groupe des 184 » ( regroupements de toutes une série d’organisations politiques, religieuses, ONG, associations de la société civile, etc. ). La plupart du temps sévèrement réprimées par la police, ces manifs drainaient à chaque fois plus de monde, et rendaient le pouvoir de plus en plus nerveux. C’est que tout cela tombait mal, car 2004, c’est l’année de la célébration du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti. La première République noire de l’histoire. Indépendance chèrement acquise en 1804 par la lutte et la victoire sur les colons français esclavagistes et l’armée de Napoléon, qui avait envoyé un contingent de militaire sur l’île.
    Le président Aristide comptait pourtant bien récupéré l’événement. Cela faisait plus d’une année qu’il avait mis toutes ces forces dans cette manœuvre et qu’il tentait de fusionner sa personne avec celle du héros de l’indépendance Toussaint Louverture. Campagne de pub omniprésente sur toutes les chaînes nationales. « Aristide, Louverture : deux hommes, un même projet ». Peut-être est-ce ce dernier excès qui a finit par exaspérer le peuple Haïtien ? En tout cas, quelques semaines plus tard, c’est au tour de « l’Armée Cannibale »  de tourner sa veste. Après l’assassinat de son chef Métayer, immédiatement attribué a Aristide car il menaçait de faire des révélations importantes, ce groupe paramilitaire qui est né lors de la prise de pouvoir d’Aristide et a longtemps été son protecteur dans le centre du pays, se renomme « Armée Révolutionnaire pour la libération Nationale » et jure de déposer les armes seulement après la démission du président. Puis c’est au tour des ex-militaires ( L’armée haïtienne a été supprimée par Aristide ) de faire son entrée. En quelques jours se sont tous les territoires du nord et du centre du pays qui tombent entre leurs mains, la plupart du temps accueilli triomphalement par les populations. C’est à ce moment que la France, puis les Etats-Unis suppriment leur soutien au régime en place.
    Le 28 février, le président se résout à donner sa démission et s’envole pour l’Afrique, dans un avion affrété par les Etats-Unis.
    Un gouvernement provisoire de transition est vite mis en place. L’ONU vote, a la demande du nouveau gouvernement, l’envois d’une force internationale...
    Pas facile, pour les fiers Haïtiens, l’année du bicentenaire de l’indépendance, de voir le sol national foulé à nouveau par des soldats étrangers !
    Mais il semble malheureusement, que c’était la seule solution pour ramener un peu de calme et un minimum de sécurité, car le pays devenait totalement incontrôlable, et le bain de sang menaçait entre pro et anti Aristide. Aujourd’hui, le calme semble être revenu. Les commerçants ont rouvert leur commerce, la vie peut reprendre. Et on attend les prochaines élections, qui devraient être organisées en 2005.
    Par chance, ici a Camp-Perrin, nous sommes restés à l’abri de la tempête. Les Ateliers-Ecoles n’ont même pas fermé un seul jour.

    Hélas, les problèmes ne sont pas finis pour Haïti : les pluies un peu forte qui sont tombées dans le sud-est du pays a la fin du mois de mai ont provoqué des inondations catastrophiques. La déforestation intensive en est la première cause. Les constructions anarchiques dans le lit des rivières et les zones inondables en est la deuxième. Bilan : plus de 1500 morts, autant de disparus, et des dizaines de milliers de sinistrés, sans abris. Les récoltes détruites. Les routes coupées.

    Et il faut penser que la saison des cyclones va bientôt commencer...

Vraiment, cette année du bicentenaire est bien difficile.

Christophe Hulmann
Camp-Perrin, Haïti, le 18 juin 2004